Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

PARLONS POESIE

Me voilà bien embarrassé... (Cela m'arrive... rarement). Je voudrais vous parler des poèmes de Hiérildis que nous avons découverts dans Fondation, et qui, si mon petit doigt ne me trompe pas, reviendront dans la suite des aventures de Casmir.  Mais comment parler (intelligemment) de poésie... On dit souvent : «  C'est médiocre, superbe ; beau, émouvant, quelconque... » Ajoutez tout ce que vous voudrez, nous serons bien avancés ! On peut remonter très haut, et citer le Parnasse, Apollon et les Muses, la beauté des poésies d'Orphée. Et après ?

Essayons de distinguer le poète et son lecteur. Le lecteur se laisse emporter par la vague, il  s'oublie, il ne réfléchit plus. Comment le pourrait-il en lisant :

          Thé

         Noir

         Saigne de ton âme prisonnière

         Mais quand ses ailes bleues se déploieront

         Les chaînes brisées prieront

Là nous sommes plongés dans un univers étrange , on se sent baigner dans  l'horreur et puis avec l'espoir l'étreinte se desserre, nous respirons, nous avons retrouvé notre liberté. Non, nous-mêmes.  Nous avons plongé un instant dans un univers d'horreur façonné par nos soins, parce que le poète ne fait qu'effleurer, que suggérer. La poésie est suggestion. Elle dessine à peine quelques lignes, quelques contours - le travail du poète s'arrête là - et nous créons à notre envie, selon nos sentiments du moment un univers où nous nous baignons avec délice ou horreur.  Et  notre lecture dépend précisément de notre état d'âme, de notre être au moment de la lecture. Nous pouvons garder une froide indifférence, ou sombrer brutalement dans le merveilleux. Les grands poètes savent  nous atteindre à tout moment, quel que soit notre état d'esprit.

Venons-en à Hiérildis. Ce qui frappe en premier lieu naturellement c'est l'emploi de tous les mots du poème commençant par la même lettre.  Je vous entends ricaner : «  fastoche, ya qu'à prendre le dico ! ». Ben voyons !  Essayons voulez-vous d'aller plus loin. Le procédé à déjà été employé (rarement, seulement pour quelques vers) mais jamais de façon systématique. Tâchons d'y voir clair dans ce procédé déroutant. Après plusieurs lectures, il me paraît décidément impossible de choisir une interprétation intelligible de mes sentiments... Le remarquable de ces poèmes c'est qu'une intrigue - une histoire- se constitue, puis se déroule nonchalamment, par accumulation de mots commençant par la même lettre. Et ce qui est déroutant - et rageant !- c'est qu'il est pratiquement impossible de trouver le mot suivant. Je m'y suis essayé (gros malin, et sûrement pas le premier) mais évidemment sans succès. En sus de l'histoire, c'est une étrange atmosphère qui se tisse au fil du poème. On est vite pris et emprisonné dans un monde étrange et fermé sur soi. Et cela se renouvelle à chaque lecture (faites-en, comme moi, l'expérience).  On se trouve pris dans une toile d'araignée. Quoi de mieux alors que d'aller jusqu'au bout en se laissant bercer et émerveiller par les sons et l'univers créé autour de nous, et qui nous emprisonne...

Commentaires

  • Pour illustrer les propos de Roger, voici un poème extrait de Fondation - par Hélène Korwin - éditions Pays et Terroirs, Cholet (49),avril 2009 - reproduction interdite :

    B

    Blanche ballerine
    Berce le bohémien bleu
    Blotti contre son blond bustier
    Brodé de baisers brûlants
    Bienveillants
    Blessé

    Les Barkhanes
    Baignent de brume

    Blanche ballerine
    Borde le bohémien blême brisé
    Dans le berceau barque
    Bouquet de bulles bordeaux brillantes
    Que la brise balance
    Dans la baie bleue
    Bordée de breloques de braises

Les commentaires sont fermés.